TECHNIQUE D’ÉLEVAGE

 UNE MÉTHODE POUR GÉRER LES PORTÉES

Par Jean-Louis Coudert, éleveur à Claira.

 

De la naissance à 4 semaines, les chiots ne nécessitent pas particulièrement de soins hormis l'hygiène de la couche ; à cet âge on doit vérifier si les dents pointent ;  à partir du moment où les dents sont bien perceptibles au doigt, on introduit la nourriture, à savoir du steak haché congelé tiédis (facilement manipulable et sain).

Les premiers jours la valeur ingurgitée est de la taille d’une pièce d’un euro en une seule prise et ce pendant 4 jours puis doublée pendant 3 jours puis doublée encore pour être enfin l'équivalent d'un œuf de pigeon 2 fois par jour ;  nous sevrons complètement les chiots à l'âge de 6 semaines et nous les vermifugeons à ce moment avec du sirop Sorin (vermifuge humain pour enfants très économique) et la mère avec du fluvermal pendant 3 jours (s'il y a du sang dans les selles il vaut mieux pratiquer une culture car il y a une recrudescence des giardias en chenil).

A cet âge, nous effectuons un premier primodog ; quinze jours  plus tard après le vermifuge 2ème primodog.

La nourriture est constituée de viande rouge hachée et de poulet bouillie sans os, à volonté et 3 fois par jour avec une ration de nuit. Le premier Chlp ne sera effectué que quinze jours plus tard, après le vermifuge.

Nous avons constaté que des chiots ayant été vaccinés en respectant ce protocole ne craignaient pas la parvovirose.

La nourriture est toujours constituée de viande bouillie mais rationnée selon chaque chiot ; enfin le dernier Chlp sera injecté à un mois du précédent.

Les chiots filas sont de petits féroces, c'est la période la plus difficile pour un éleveur car leur éducation est basée sur la bagarre pour apprendre la sociabilisation, leurs dents de lait s'avèrent être des poignards, perforant tout ce qui bouge.

Les oreilles, les pattes, la peau flottante sont leurs cibles privilégiées pour eux mais aussi nos doigts, les pantalons, les lacets des chaussures.

Nous avons essayé plusieurs techniques pour la sociabilisation des chiots, et après multiples essais, nous appliquons la méthode suivante :

Dés qu'ils sont indépendants de la mère, nous les plaçons dans un parc en terre battue et en herbe juste devant les boxes de nuit. Nous travaillons toute la journée devant eux, nous ou nos enfants allons jouer avec eux 1 ou 2 heures par jour (ou des amis de passages, quand ils sont habitués et qu’ ils aiment les filas).

Nous ne les laissons plus vivre en liberté avec nous, car les chiots sevrés car étant très curieux, affectueux et demandeurs de caresses mais aussi trop perforants, nous serions obligés de les repousser trop souvent. C'est pourquoi ils ne se posent plus la question, quand nous approchons la main, si c'est pour jouer ou pour les éloigner...  Le fila est un chien qui doit être sur de lui et si nous ne lui donnons pas confiance en lui, il ne peut l'acquérir. Si nous faisions trop d'interventions manuelles  pour le repousser, il risque de faire l'association main égale réprimande.

 Quand il arrivent vers les deux mois et demi nous commençons à les réincorporér dans une meute de 4 ou 5 individus, choisis pour leur qualité d'acceptation des nouveaux arrivants. Certains vieux mâles ou femelles dominantes peuvent leur faire mal car ils ne retiennent pas assez leurs coups, les chiots dans ces conditions peuvent subir des coups de dents sérieux.

Certains autres filas adultes les tolèrent beaucoup mieux et savent doser les remises en place des petits piranhas, qui par leur nombre peuvent déstabiliser un adulte par une attaque simultanée du groupe sur eux.

Les jeunes de 7 à 12 mois participent à l'éducation des jeunes chiots mais ils sont plus violent dans leur réactions avec les bébés et leur imposent le respect des plus forts en les rossant quand ils sont trop violents dans leur jeux ; les bébés doivent apprendre à doser leur coups, c'est la seule façon de vivre en groupe. Certains autres jeunes  interviennent pour faire cesser les bagarres entre les bébés quand cela leur paraît trop violent, car ils ne supporte pas les combats incessants exercés par les bébés qui est leur mode de développement et de sociabilisation.

Par contre les jeunes peuvent aussi "servir", quand ils le veulent, de lapin comme pour les courses de lévriers et jouent infatigablement avec eux. Quand une troupe de bébés filas de trois mois vous montre son affection, nous pouvons affirmer que souvent il vaut mieux courir, car entre les griffes affectueuses qui vous labourent le dos, le ventre et les dents de lait  qui perforent et arrachent les lacets, on se dit vivement qu'ils soit grands et on cherche refuge dans le cerisier.

 Être un fila en meute est un parcours initiatique qui l'oblige à s'adapter selon sa nature ; elle déterminera avec qui il vivra et dans quel groupe il pourra s'intégrer ; il saura dès lors comment agir  pour s'imposer et s'acclimater. Pour avoir vécu avec les plus grands, ils auront l'instinct de propriété et de garde.