Entretien avec M. Christian Delmas

réalisé par la Collégiale Européenne du Fila Brasileiro

 

M. Christian Delmas est juge F.C.I., vice-président co-fondateur du Camila avec le professeur Becuwe, président co-fondateur. Christian Delmas est également éleveur sous l’affixe du Camp des Garrigues et vice-président de la Collégiale Européenne du Fila Brasileiro.

 

La Collégiale - Monsieur Delmas, en tant que juge, pouvez-vous nous expliquer comment vous évaluez un fila brasileiro ?

Christian Delmas - Dès l’entrée du chien sur le ring, j’observe qu’il soit attentif, que tout l’intéresse, qu’il ne frémisse pas aux bruits. Un point sur lequel je porte toute mon attention est son port de queue. Si le chien porte la queue entre les pattes ou pire encore, légèrement collée sous le ventre, il me faudra le sanctionner au niveau de son qualificatif : un fila doit être sûr de lui ; c’est l’une de ses principales qualités. Je chercherais bien sûr la confirmation de ce manque d’assurance pendant toute la durée de présentation du chien.

C.L. – Donc, pour vous, la stabilité du caractère du fila est très importante ? Comment l’analysez-vous en cours de présentation ?

C.D. – Une solution, que je vois hélas que rarement pratiquée en exposition, ce que je regrette, est un test très simple. Il suffit de prendre un mètre-ruban ou même un trousseau de clefs et de le laisser tomber devant le chien. Si le chien a un recul ou, plus grave, s’il se réfugie derrière son maître, je n’hésite pas à faire tomber le qualificatif.

C.L. – Vous regrettez que le tempérament et la stabilité du fila ne soient pas plus pris en compte dans les jugements ?

C.D. – Oui ! Et dans les Nationales d’Élevage ou Régionales, je pense qu’une série de petits tests pourrait nous permettre de bien voir les qualités du chien. Le fila, chez lui, est un excellent gardien et très réservé. Sa réserve est une des qualités d’un bon chien de garde…

C.L. – Pour vérifier cette aptitude, il faudrait pouvoir se déplacer chez tous les propriétaires ?

C.D. – Il existe une autre solution. Souvent les Nationales d’Élevage sont organisées dans des lieux où les véhicules des exposants peuvent pénétrer. Donc, en mettant le chien sur son territoire, la voiture, et en touchant celle-ci, nous pourrions apprécier si l’instinct de garde est présent dans le chien en jugement.

Par contre, en dehors de chez lui, le fila doit être un chien tranquille et sûr de lui. Deux petits tests peuvent permettre de le vérifier : en circulant dans un groupe de 5 ou 6 personnes, il doit passer sans agressivité, si bien sûr les personnes présentes ne font aucun geste susceptible d’être interprété par le fila comme une agression envers son maître ou lui-même. Il ne devra pas non plus montrer de crainte. Nous pouvons également, pour tester son équilibre, ouvrir un parapluie à 1 mètre en face de lui ou au passage en laisse. Dans ces conditions, si le chien s’enfuit ou se réfugie derrière son maître, il faudra baisser son qualificatif.

Je pense qu’avec ces petits tests, nous pouvons déceler les chiens stables et aptes à la reproduction, qui sauront représenter notre race dignement. Bien sûr, toutes ces épreuves doivent être faites exclusivement par des personnes connaissant parfaitement la race.

L.C. – Que pensez-vous du fila au travail ?

C.D. – La F.C.I. n’a pas donné de directive au sujet du fila au travail ; elle ne délivrait pas de carnet de travail pour le fila, donc il est inutile de faire travailler ce chien.

Manipulé par des  gens inconscients, nous arriverions fatalement à des problèmes. Je suis totalement contre le mordant pour le fila.

Pour le C.S.A.U., je trouve par exemple que l’épreuve de changement de conducteur est particulièrement inadaptée et contre nature du fait même du caractère du fila tel qu’il est décrit dans son standard : méfiance vis à vis des étrangers.

L.C. – Donc, vous attachez une grande importance au caractère ; mais le fila n’est pas qu’un caractère, c’est aussi un chien avec un physique très particulier. Comment faites-vous pour l’analyser dès qu’il entre en présentation ?

C.D. - Dès son entrée sur le ring de présentation, je le fais marcher lentement. Un détail qui, lui aussi est très important et qui ne retient pas toujours l’attention de tous les juges, c’est la marche lente avec laisse détendue, car il faut pouvoir déterminer l’amble, ce pas typique du fila. Dans cette marche lente, la tête doit être portée plus basse que le garrot. Avec la laisse tendue, nous ne pouvons pas examiner son port de tête. Beaucoup trop d’exposants ont tendance à présenter le fila laisse tendue. En laisse détendue, nous pouvons aussi voir si le dandinement à l’amble est perceptible du thorax à l’arrière train.

Le port de colliers larges nuit également car il peut nous tromper sur les plis longitudinaux que beaucoup confondent avec des fanons, plis qui ne sont pas de travers « comme des doubles mentons » qui sont eux, par contre un défaut très grave.

Je demande toujours à ce que l’on me montre la laxité de peau du sujet bien qu’elle soit apparente sans la monter et que peu de filas ne possèdent pas cette caractéristique, mais je dois respecter mon devoir de formateur envers le public et  les exposants par rapport au standard.

L.C. – Comment jugez-vous la silhouette du fila et quels sont les critères les plus importants ?

C.D. – Tous d’abord, je veux dire que beaucoup de juges font une erreur. Dans le fila, tout est perceptible et apparent. Donc, pourquoi le toucher ?

Quand le fila est en présentation, je regarde premièrement si la ligne de dos est ascendante.

 Deuxièmement, si le corps du fila tient dans un rectangle. Ce que nous remarquons souvent, c’est que le corps du fila d’aujourd’hui se dessine dans un carré.

Troisièmement, je vérifie que la taille de la tête est harmonieuse avec le corps ; le fila est un chien homogène.

Quatrièmement, je contrôle que la hauteur du garrot au coude est égale à la hauteur du coude au sol. Je constate qu’aujourd’hui, nous voyons trop souvent beaucoup de filas qui ont un vide sous le sternum.

Le fila doit avoir un poitrail important ainsi qu’une bonne masse, car cela prouve son appartenance au groupe des molossoïdes. Donc sa poitrine doit être développée dans ses trois dimensions : hauteur, largeur, longueur.

L.C. – En somme, vous jugez d’abord le corps puis ensuite la tête. Y attachez-vous plus d’importance ?

C.D. – Je n’attache pas plus d’importance au corps qu’à la tête. Le fila est un tout indissociable, corps, tête, caractère, seulement, je m’occupe de la tête en dernier car elle est aussi un point très important du jugement des filas.

Vu de dessus, elle doit être péri forme ; un point important est le rapport 1 pour 1 crâne/museau. Autre point essentiel pour le fila, la ligne crânéo-chanfrain doit être convergente vers l’arrière, au-delà de l’occiput. Le rapport doit être de 1 pour 1 pour la longueur des babines par rapport à la longueur du museau.

Les oreilles doivent être, en leur attache la plus haute, à la ligne médiane des yeux, mais en claquant des doigts, je vérifie si celles-ci remontent quand il est attentif. Je regarde alors l’insertion de ses oreilles. Ma préférence va aux chiens ayant une attache d’oreilles en rose, car l’attache avant est plus haute que l’attache arrière. C’est uniquement quand il est attentif que les deux attaches forment une ligne droite. C’est de cette observation que je base ma préférence de l’attache en rose car, avec l’attache plate, les insertions supérieures et inférieures sont presque à la même hauteur.

Le stop est à vérifier ; de face presque inexistant et de profil, formé par les arcades saillantes. Pour le bombé zygomatique, un creux doit être visible de l’œil à l’oreille car s’il est inexistant, le crâne vu de profil ressemble à un ballon de football.

Je considère que le prognathisme inférieur et supérieur est à éliminer de la production.

L.C. – Apportez-vous beaucoup d’importance à la couleur ?

C.D. – Bien que je préfère la couleur bringée, je ne tiens aucun compte de la couleur si elle est conforme au standard bien sûr. Sinon, je serais horticulteur et je ferais pousser des roses. Par contre, j’attache de l’importance aux taches blanches. Si elles sont trop envahissantes au-dessus du carpe et du jarret, si la tache sur le poitrail n’est pas symétrique, car ceci n’est pas très respecté, j’en tiens compte dans mon jugement.

L.C. – Il me semble que nous avons fait le tour du chien ; caractère, corps, tête… Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter ?

C.D. – Oui, une autre chose me tient à cœur. Beaucoup trop de chiens ne sont pas mis en valeur par leur propriétaire. Et là, c’est à nous, juges, éleveurs, de tenir un rôle primordial en expliquant à un possesseur de fila comment bien présenter son chien.

Un autre point essentiel, que j’ai failli oublier : le fila brasileiro doit TOUJOURS  être sous le contrôle de son maître.