Les propriétaires de filas brasileiros
français s’agitent
Certains
fileiros sont arrivés à un niveau d’exaspération qui n’a d’égal que l’amour
immodéré qu’ils ont pour cette race et quiconque a côtoyé un propriétaire de
fila sait de quoi il est question.
D’autres
sont frustrés par un manque d’information sur leur race et avides de savoir et
d’échanges.
Le 7 août 2004, à
Saint-Jean-sur-Reyssouze, ils se rencontrent de façon informelle et en plein
été. En 15 jours, ils s’organisent et ce sont 33 filas français et leurs propriétaires qui se réunissent.
On
mesurera la portée de l’événement en sachant que la meilleure Nationale
d’Élevage française n’en a compté que 25 en 2001 et la meilleure Européenne du
Bourget 21 (dont seulement 13 français) en 2002.
Mais qu’est-ce
qui les fait réagir ainsi ?
Tout une
série de faits, accumulés les uns après les autres, ont fini par produire un
ras le bol. Après une année 2003 particulièrement noire qui aura vue une
Nationale d’Élevage du mépris suivie d’un championnat de France de la
tricherie, l’année 2004 du fila brasileiro s’est poursuivie dans la même
veine : directives de jugement contraires au standard du chien, chiens exclus des rings de jugement en
application de ces mêmes directives, standard modifié sous couvert de nouvelle
remise en forme, etc…
Tout ceci
n’est pas le fruit du hasard mais l’interaction de plusieurs causes mettant en
œuvre différents acteurs.
Le fila brasileiro, façonné par des siècles de sélection génétique empirique sur le terrain, a acquit des caractéristiques physiques et psychologiques particulières qui font de cette race une exception dans le monde canin. Amour immodéré pour ses maîtres et aversion plus ou moins marquée pour tout ce qui est étranger à son environnement en font un chien de garde et de compagnie sans comparaison.
B) Les fileiros (propriétaires de filas, éleveurs ou non,
professionnels ou non)
La plupart des propriétaires acquièrent un fila un peu par hasard, souvent séduit par son esthétique mais en considérant qu’après tout, c’est un chien comme un autre ; la plupart vont devenir totalement « accro » en peu de temps. Ce phénomène est difficilement compréhensible vu de l’extérieur mais c’est une réalité. Ce sont les caractéristiques étonnantes du fila, qui, lorsqu’elles rencontrent une typologie également un peu particulière de propriétaire, produit cette sorte de d’osmose. L’échec patent du club de race officiel, l’échec des tentatives de création de club alternatif, a rendu les fileiros plutôt circonspects et attentistes sur toute démarche nouvelle de gestion de la race. Tous sont à peu près d’accord sur un point : ils aiment le fila tel qu’il est et ne veulent pas d’une version light.
C) La Fédération Cynologique Internationale (FCI)
En réponse à l’hystérie européenne antichiens de la fin des années 90 (lois de 1999, etc…), la FCI développe et impulse une politique sécuritaire visant à aseptiser le cheptel canin dans son ensemble et pour tous les pays de sa zone d’influence afin de gommer toutes les particularités de caractère. Pour la FCI, tous les chiens doivent être manipulables comme n’importe quel caniche.
D) La Société Centrale Canine (SCC)
Les luttes de clans entre opposition et majorité au sommet de la pyramide de la cynophilie française entraîne des règlements de comptes qui amène des affairistes de seconde zone ou des incompétents notoires à acquérir du pouvoir au niveau des clubs de races qui servent de terrain d’affrontements, les présidents de clubs étant également des électeurs donc des alliés ou des adversaires potentiels. La SCC subit la pression de la FCI pour la mise en œuvre de sa politique sécuritaire et la répercute au niveau des clubs de race. Coincée entre ses problèmes financiers, ses problèmes avec les clubs d’utilisateurs, sa machine trop lourde à faire fonctionner, la SCC ne se préoccupe pas trop d’une race qui représente moins de 200 naissances par an.
E) Le club de race officiel (le camila)
Le camila qui a officiellement en charge la gestion du fila brasileiro et de 10 autres races, ne regroupe que quelques propriétaires de filas (certainement moins d’une demi-douzaine). Ce club, à la gestion particulièrement opaque, n’échappe pas aux querelles de chapelles qui sont le lot habituel de la cynophilie française. Les dirigeants du club, surtout préoccupés par leur devenir personnel, qui subissent les pressions de la SCC pour l’application de la politique de la FCI, et qui n’ont pas du tout envie de se mettre en opposition de l’instance fédérale, ont renoncé à défendre la race menacée par cette politique et s’en font même les zélés promoteurs en toute irresponsabilité en regard des risques qu’ils font courir aux futurs propriétaires de filas. Dans ce panier de crabes, certains crabes au pinces plus grosses en profitent pour s’élever dans la hiérarchie cynophile. Les moyens sont toujours les mêmes, trahisons, tricherie, combines, copinage, etc… Détenteur de 11 races à juger, les dirigeants actifs du camila, tous juges ou aspirant à le devenir, possèdent une monnaie d’échange forte pour leur ascension personnelle dans la cynophilie.
A l’origine de tous les problèmes du fila, le berceau de la race, le Brésil, dont le fila brasileiro est l’une des rares races nationales.
A ce titre, aucun pays à part le Brésil, n’est en droit de dire ce qu’est un fila brasileiro. Mais le Brésil, qui a également connu ses propres luttes intestines en particulier en ce qui concerne ses deux races nationales, ne possède pas de club fédérateur national en ce qui concerne le fila brasileiro. Il ne possède qu’une commission nationale consultative, sans pouvoir de décision.
La cynophilie
brésilienne est organisée autour du CBKC, qui fédère des provinces ayant
elles-mêmes des organisations cynophiles indépendantes, des associations
locales, des clubs… bref une joyeuse anarchie qui est certainement le dernier
des soucis des hommes politiques brésiliens en regard des autres problèmes
qu’ils ont à gérer au plan économique.
Toutes les responsabilités de la cynophilie brésilienne sont donc concentrées dans les mains d’un seul homme, le président du CBKC, qui gère les races brésiliennes selon son bon vouloir.
Imaginons en France, une race nationale comme de dogue de Bordeaux, qui ne possèderait pas de club de race et serait gérée par le seul président de la SCC, qui pourrait modifier le standard de la race à son gré, sans être tenu de consulter une quelconque commission d’élevage ni avoir de comptes à rendre à des adhérents.
C’est ainsi que récemment, cédant à la pression de la FCI, le président du CBKC brésilien, de sa propre autorité, a modifié le standard du chien, sous couvert de remise en forme, dans le sens voulu par la FCI. Une traduction en anglais et en français est diffusée, répercutée par la SCC et le camila. Mais la nouvelle mouture n’est pas de diffusée en portugais au Brésil qui reste dans l’ignorance de cette modification.
Pierre Meneghetti